juillet 6, 2022

Augmentation des frais d’inscription pour les étudiants non-européens : 
une position idéologique pour préparer la privatisation

Le gouvernement a publié, le dimanche 21 avril au beau milieu des vacances scolaires, le décret nauséabond exigeant l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiants non-communautaires.

Un décret discriminatoire qui touche essentiellement les étudiants africains.

Ce décret a été publié alors que les effets négatifs de l’augmentation de frais d’inscription des étudiants non-communautaires étaient connus depuis le mois de février. C’est ce que démontre le rapport d’une mission de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée Nationale qui révèlent les chiffres de Campus France (organisme qui gère les dossiers de candidature des étudiants étrangers). Ces chiffres montrent en effet que les étudiants les plus pénalisés par la réforme sont ceux de l’Afrique francophone avec en février 2019, -41,21% de candidatures provenant d’Algérie, -19,20% pour le Maroc, -14,9% pour le Sénégal, … ,par rapport à février 2018.

Une communauté mobilisée à Nice et partout en France.

A l’université de Nice-Sophia Antipolis, université « prototype » de la ministre, des centaines de collègues ont signé la pétition contre ces nouveaux frais d’inscription. Seuls quelques-uns ont défendu cette mesure, certains criant à l’injustice en opposant « étranger fortuné » et « français peu fortuné » et emboitant ainsi le pas de l’extrême droite.

Sur le plan national, les pétitions s’opposant à cette réforme ont recueilli des centaines de milliers de signatures. Des sociétés savantes, des dizaines de départements et conseils universitaires, des laboratoires, une vingtaine d’organisations syndicales, des associations d’étudiants se sont prononcés contre des frais d’inscription différenciés selon la nationalité. Le Conseil National de l’Enseignement Supérieur et la Recherche s’est également opposé à la quasi-unanimité (63 contre, 3 pour et 2 abs, 11 mars 2019) au projet de décret. Et même la très docile Conférence des Présidents d’Université a voté à l’unanimité pour la suspension de la mesure. Enfin, certaines universités ont décidé de ne pas appliquer la réforme !

A Nice des élus dans les conseils au combat, et des lignes qui bougent à la tête de la direction

Les élus des listes « Agir tous ensemble » (CGT, FSU, SUD) sont intervenus dans plusieurs conseils. La motion contre les frais d’inscription différenciés portée par cette liste a été présentée dans tous les conseils de l’UNS et d’UCA. Elle a été votée à la Commission Formation et Vie Universitaire et a obtenu 12 voix pour et 13 contre au Conseil d’Administration de l’UNS du 22 janvier.

Cette riposte que nous avons porté à la CGT sur le terrain depuis le mois de novembre, a porté ses fruits. Lors du conseil d’administration (CA) de l’UNS du 30 avril, le vice-président délégué aux relations internationales a proposé un projet global d’exonérations en utilisant le fait que chaque université est en droit d’exonérer jusqu’à 10% de ses étudiants.

Ce programme a été voté à l’unanimité moins 1 voix lors de ce CA,ce qui signifie que

tous les étudiants non-communautaires s’inscrivant en licence, paieront les mêmes frais que les autres étudiants pour la rentrée 2019 et pour toute la durée de leur cycle (de L1 à L3).

Ce même programme d’exonérations doit être présenté au prochain conseil d’administration d’UCA pour les étudiants de maîtrise.

Même s’il n’y a pas de quoi crier victoire, cette solution temporaire laisse le temps de préparer la mobilisation pour obtenir la suppression de ce décret.

Un gouvernement qui veut passer coûte que coûte pour préparer la privatisation de l’université.

On l’aura compris, la ministre n’a que faire de la francophonie, elle n’a que faire des valeurs de notre université et elle fait fi du rejet massif de ce décret par la communauté universitaire française. Pire encore, elle rappelle à l’ordre les présidents d’université réfractaires, en leur expliquant qu’ils sont tenus à un « devoir d’obéissance » !

Elle, qui a bénéficié d’une université quasi-gratuite, impose sans vergogne un décret qui, s’il était appliqué, aboutirait à une désaffection massive des étudiants africains et constituerait un tremplin pour une augmentation généralisée des frais d’inscription pour tous les étudiants.

Depuis plusieurs années, les gouvernements successifs ont abandonné l’idée qu’un pays doit investir massivement dans la formation de sa jeunesse. Les réformes successives de Pécresse à Vidal en passant par Fioraso en sont la preuve. Parallèlement à ce désengagement de l’Etat, on instille l’idée aux jeunes et à leurs parents que des tarifs élevés sont synonymes de formations d’élite et de réussite. Ainsi, on glisse d’une université publique conçue pour être ouverte au plus grand nombre, à des établissements proposant des formations onéreuses accessibles à une minorité. 

Il faut transformer l’essai et poursuivre la mobilisation.

Face à ce gouvernement, sa morgue et son mépris, on peut être parfois découragé.

Mais n’oublions pas que la mobilisation n’a pas été vaine : les doctorants non-communautaires ont été exemptés de l’augmentation des frais d’inscription et les étudiants de licence et maîtrise devraient être exonérés pour la prochaine rentrée dans de nombreuses université.

A nous de poursuivre la mobilisation pour obtenir l’abandon de ce décret ! C’est crucial pour l’ensemble des étudiants et donc pour notre avenir collectif, puisqu’il s’agit avant tout de préserver un enseignement supérieur public dans notre pays.