avril 15, 2024

L’Université Côte d’Azur doit-elle se faire le porte-parole d’un syndicat étudiant pour l’organisation d’une tribune de l’extrême-droite sur l’un de ses campus ?

Communiqué de l’intersyndicale CGT, FSU, SUD de l’Université Côte d’Azur  

À Monsieur le Président d’Université Côte d’Azur, Jeanick Brisswalter, 
À Monsieur le Doyen de la Faculté de Droit et Sciences Politiques, Xavier Latour, 
À Monsieur le Référent éthique et intégrité scientifique, Yves Strickler, 

Nous ne comprenons pas votre positionnement institutionnel et voudrions exposer en quoi la réponse que vous nous opposez ne nous paraît pas satisfaisante. 

Vous vous positionnez en tant que garant des libertés fondamentales en rappelant notamment le contenu de l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme ; mais est-ce bien sur cette base de légalité très abstraite que doit se positionner l’Université Côte d’Azur ?  

Notre souci n’est pas d’interdire à Stanislas Rigault de s’exprimer en général. Il est de contester l’opportunité de son intervention dans notre Université, dans les conditions de la manifestation annoncée.  

Comme vous l’avez rappelé dans un avis, les organisateurs, le syndicat étudiant UNI, « avaient initialement envisagé la tenue d’une conférence, puis accepté de construire un débat sur le thème de la séance ».  

Cette question du débat est donc selon vous un critère décisif pour juger de l’intérêt d’une telle manifestation à l’université. De fait, elle seule peut garantir que celle-ci ne se transforme pas en meeting politique, puisque l’invité, Stanislas Rigault, président de « Génération Zemmour« , intervient en tant que porte-parole du mouvement politique Reconquête d’Éric Zemmour. 

Or qu’en est-il d’un tel débat ?  

Suivant ce même avis, les organisateurs « semblent n’avoir pas à ce jour trouvé de personnes acceptant de monter à la tribune pour porter la contradiction ». Peut-on parler d’une « rencontre-débat » dans de telles conditions ?  

Une conclusion s’impose : s’il a accepté de « construire un débat sur le thème de la séance », le syndicat UNI n’est pas parvenu à l’organiser. Parler d’une « rencontre-débat » avec un seul invité n’est qu’une façon de maquiller ce qui n’est en réalité qu’une « conférence » – et donc bel et bien un meeting politique, en définitive. 

Nous sommes évidemment attaché·es à la liberté syndicale, et n’avons aucunement l’intention de porter atteinte à la liberté syndicale d’un syndicat étudiant, quel qu’il soit. En revanche, nous sommes bien placé·es pour savoir que la liberté syndicale ne consiste pas à servir de marchepied à un mouvement politique. 

Dès lors, il est extravagant de reprocher aux opposant·es à cette fausse « rencontre-débat » l’absence de débat annoncée, comme si la responsabilité de cette absence de débat leur incombait, et non aux organisateurs et organisatrices. 

C’est aux organisateurs et organisatrices de la rencontre, et à nul·le autre, d’offrir des garanties du débat. Dans la mesure où iels ne les donnent pas, votre suggestion répétée à l’envi selon laquelle « [l]es syndicats signataires de la demande d’interdiction semblent donc pouvoir porter leur parole » relève de la pure spéculation, comme l’atteste d’ailleurs ici la modalisation d’incertitude. 

Au demeurant, on ne sait que trop ce qui est arrivé à celles et ceux qui ont entendu porter la contradiction dans un meeting d’Éric Zemmour, lors de la dernière campagne présidentielle. Les militant·es de SOS Racisme qui ont été violemment agressé·es début décembre 2021 peuvent l’attester. 

À cet égard, votre recommandation « aux organisateurs d’anticiper les possibles tensions par la mise en place d’une organisation visant à éviter toute perturbation et violence indignes d’un lieu de savoir » nous paraît très troublante. Nous nous demandons dans quelle mesure l’extrême-droite ne peut pas y voir un encouragement à réprimer brutalement toute tentative d’un·e adversaire politique d’apporter la contradiction à l’invité, sous prétexte de maintien de l’ordre. 

En somme, nous maintenons fermement notre demande d’annulation de cette manifestation, qui ne nous paraît pas garantir les conditions d’un débat d’idées propice à la réflexion de nos étudiant·es sur le thème de l’engagement politique.  

En l’état actuel, cette manifestation demeure la conférence d’un militant représentant d’un mouvement politique d’extrême-droite. À ce propos, des collègues juristes parlent d’instrumentalisation de l’Université Côte d’Azur[1]. Dans ce sens, nous exigeons donc de notre institution qu’elle n’apporte pas une caution à cette extrême-droite, d’autant plus que, sous couvert de discussion sur l’engagement politique, celle-ci vise à recruter des étudiant·es de notre université dans ses rangs. 


[1] https://idpd.univ-cotedazur.fr/declaration-conjointe-du-directeur-de-lidpd-et-de-la-directrice-du-ladie-relative-a-lorganisation-dune-conference-par-le-syndicat-etudiant-uni-06-le-9-mars-2023-sur-le-campus-trotabas-duniversite-cote-dazur